journal de bord
Tous ses camarades, sa copine, ses enseignants, son généraliste, le dermatologue qui le suivait pour son acné, et tous les témoins entendus pendant l'enquête de police l'ont confirmé : Alexandre n'avait pas de souci, il souriait à la vie. Et pourtant. Ce 2 juillet dernier, vers 2 h, il a emporté un tabouret de bar de la maison, un sac contenant deux cordes, puis est allé? se pendre. A la branche d'un arbre du parc de l'abbaye de Roseland. A 800 m de chez lui.le père d'Alexandre, Daniel Voidey, pompier à la caserne de Nice-St-Isidore, de permanence cette nuit-là, a bien failli se trouver en mission dans l'ambulance qui, au petit matin, a ramené le corps de son fils.
Un message posthume sur son portable Les parents, anéantis par le chagrin, ont essayé de comprendre, avec un insurmontable sentiment de culpabilité.
Et puis la police a découvert le message posthume, bouleversant, d'Alexandre à ses parents, laissé à 2 h 50 sur son mobile : « Je ne sais pas ce que j'ai depuis 3 semaines, mais là, j'en peux plus. J'ai toujours mal quelque part, les articulations, le dos, les ongles incarnés, le pied, ma peau qui me gratte tout le temps, c'est des petites choses mais accumulées? C'est dur. J'aime toujours Manon. Même si je ne vous l'ai jamais dit, je suis heureux que vous soyez mes parents? »
M. et Mme Voidey ont alors fait le rapprochement avec le médicament contre l'acné que prenait Alexandre depuis sept mois, et qu'il supportait mal : l'isotrétinoïne en capsules. Il s'agit d'un antiacnéique très efficace contre les acnés sévères, mais aux effets secondaires redoutables, et d'ailleurs parfaitement explicités dans la notice d'emploi du médicament : « Des cas de dépression, dépression aggravée, d'anxiété, de tendance agressive, de changement d'humeur, de symptômes psychotiques et de très rares cas d'idées suicidaires, de tentatives de suicide et de suicides ont été rapportés chez des patients traités par isotrétinoïne », stipule notamment le laboratoire Roche qui commercialise l'isotrétinoïne sous le nom de Roaccutane® depuis 1982.
L'isotrétinoïne est commercialisée depuis 2000 en France sous trois formes génériques : Contracnée® (Laboratoires Biorga) ; Curacnée® (Laboratoires Pierre Fabre) ; et Procuta ® (Laboratoires Expanscience). Alexandre, lui, avait pris du Procuta ® et du Curacné®.
De 1982 à mai 2000, les autorités sanitaires américaines (la Food and Drug Administration) avaient enregistré 431 cas de dépression, idées suicidaires, tentatives de suicide et suicides chez des patients américains traités par isotrétinoïne. Ces chiffres avaient déclenché un scandale aux USA et dès, 1998, la FDA avait obligé les laboratoires Roche à inclure un avertissement sur les effets secondaires psychiatriques dans la notice de son médicament Roaccutane®.
Daniel Voidey consacre désormais son temps à enquêter sur ce médicament qualifié de « dangereux » par de nombreux experts. Il a rencontré en Suisse une association de victimes de cette molécule." Je suis persuadé du lien entre ce médicament et le suicide de mon fils, Alexandre m'a laissé un message, je dois l'honorer ».
Roselyne Bachelot alertée
Dans un courrier daté du 6 novembre, le chef de cabinet de Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, alertée par M. et Mme Voidey, informe ceux-ci que : « Vos observations concernant les effets de l'isotrétinoïne sont effectivement très inquiétantes ».« Madame le Ministre en a informé le directeur général de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, responsable de la pharmacovigilance? Il sera à même, le cas échéant, de prendre les mesures qui s'avéreront nécessaires ».